#Tchad: Les Enfants mendiants à N’Djaména : entre opération de retrait de la rue et urgence de protection »

La présence des enfants mendiants dans les rues de N’Djaména est depuis longtemps une réalité qui interpelle. Aujourd’hui, l’intervention des autorités tchadiennes pour retirer ces enfants de la rue relance le débat sur la manière de lutter contre la mendicité infantile. Si l’action de l’État peut être perçue comme une volonté de protéger les enfants, elle soulève également une question essentielle : que deviennent-ils après leur retrait de la rue ?

Sur le principe, éloigner les enfants des carrefours, marchés et grandes artères peut être une mesure de protection. Dans la rue, ces enfants sont exposés aux accidents de circulation, aux violences, aux maladies, à la malnutrition et à différentes formes d’exploitation. Certains peuvent également être utilisés par des adultes pour générer des revenus. Leur présence dans l’espace public ne doit donc pas être considérée uniquement comme un problème d’ordre public, mais comme une question de protection de l’enfance et de droits fondamentaux.

Cependant, une opération de retrait ne peut constituer à elle seule une solution durable. Interpeller un enfant qui mendie sans rechercher les raisons qui l’ont conduit dans la rue risque de déplacer le problème plutôt que de le résoudre. La pauvreté, la précarité familiale, le décrochage scolaire, certaines pratiques sociales et l’exploitation peuvent expliquer des situations très différentes d’un enfant à l’autre.

Le véritable défi pour les autorités commence donc après le retrait de la rue. Chaque enfant devrait pouvoir être identifié, écouté et orienté vers une solution adaptée à sa situation. Lorsqu’il est possible de le faire dans son intérêt, le retour auprès de sa famille doit être accompagné d’un suivi social. Pour d’autres, la priorité peut être la scolarisation, la réinsertion ou une prise en charge spécialisée. Et lorsque des cas d’exploitation ou de traite sont établis, les responsables doivent répondre de leurs actes devant la justice.

Cette situation interpelle également la société. La générosité des passants constitue souvent une réponse spontanée à la détresse des enfants. Mais donner régulièrement de l’argent à un enfant peut aussi contribuer, involontairement, à maintenir un système qui l’éloigne de l’école et l’installe durablement dans la rue. La lutte contre la mendicité infantile nécessite donc aussi une prise de conscience collective.

L’efficacité de l’action publique ne devrait finalement pas être mesurée uniquement au nombre d’enfants retirés des rues. Il faudra surtout se demander combien ont retrouvé une vie familiale stable, combien ont repris le chemin de l’école et combien ont été protégés contre l’exploitation.

Le retrait des enfants de la rue peut ainsi être un premier pas. Mais la véritable réussite sera de faire en sorte qu’ils n’y retournent plus.Car le problème n’est pas seulement de vider les rues d’enfants mendiants : c’est de construire les conditions sociales qui leur permettent de ne plus avoir besoin d’y être.

SERATA Justine. Journaliste stagiaire

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