# Tchad #Société # : Affaire Foullah : le football tchadien au bord d’un nouveau bras de fer : entre suspension, contestation et appel au dialogue.

La suspension de huit ans infligée au sénateur Ibrahim Wang Laouna Foullah par la Fédération tchadienne de football association (FTFA) ne se limite plus à une affaire disciplinaire. La contestation du Sénat, les débats sur l’immunité parlementaire et l’appel à l’apaisement du Comité olympique et sportif tchadien (COST) placent désormais le football tchadien au cœur d’un bras de fer institutionnel. Derrière cette affaire se dessinent plusieurs scénarios, dont les conséquences pourraient dépasser le seul cas du sénateur.
La décision est lourde. Le 3 septembre 2026, la Commission d’éthique et de discipline de la Fédération tchadienne de football association (FTFA) a suspendu pour huit ans Ibrahim Wang Laouna Foullah de toute activité liée au football et lui a infligé une amende d’un million de francs CFA. La sanction fait suite à des propos tenus le 29 juin au Sénat, lors d’une interpellation du ministre de la Jeunesse et des Sports. La FTFA estime que ces déclarations ont porté atteinte à son honneur et à celui de son président.
Mais l’affaire a rapidement changé de dimension. Le Sénat a demandé l’annulation de la suspension, invoquant notamment l’immunité parlementaire du sénateur. Cette position oppose désormais deux logiques : d’un côté, la Fédération qui affirme vouloir faire respecter son Code d’éthique et de discipline ; de l’autre, l’institution parlementaire qui conteste l’application de cette sanction à un sénateur pour des propos tenus dans l’exercice de son mandat.
Une crise qui dépasse le cas personnel de Foullah
Au-delà de la sanction, le dossier révèle une tension plus profonde autour de la gouvernance du football tchadien. Foullah avait également contesté la situation du président de la FTFA, Tahir Oloy Hassan, en soulevant une question d’incompatibilité de fonctions. Cette contestation ajoute une dimension institutionnelle au conflit.
Dans ce contexte, plusieurs scénarios restent possibles.
Le premier est celui d’un règlement par les voies de recours. La décision de la Commission d’éthique prévoyait la possibilité de faire appel devant la Commission de recours. Une procédure interne pourrait permettre de ramener le différend dans le cadre strict des instances sportives.
Le deuxième scénario est celui d’une escalade institutionnelle. Si le désaccord entre le Sénat et la FTFA persiste, l’affaire pourrait continuer à alimenter les débats sur les rapports entre institutions publiques et instances sportives autonomes.
Le troisième scénario est celui de l’apaisement par la médiation. Le COST a appelé, le 16 septembre, l’ensemble des acteurs du football à la retenue, au dialogue et au respect des textes et des voies de recours. Il s’est également déclaré disponible pour contribuer à une sortie de crise.
Le football risque-t-il de devenir la victime collatérale ?
C’est l’une des principales préoccupations. Alors que les dirigeants s’affrontent sur des questions institutionnelles, les priorités sportives demeurent : compétitions nationales, équipe nationale, formation des jeunes, football féminin et infrastructures.
L’affaire prend d’ailleurs une autre dimension avec les interrogations de la FTFA sur le projet du Centre technique féminin de Mongo, attribué à l’entreprise Foullah Édifice. La Fédération demande des explications sur l’utilisation des fonds et sur un projet qui, selon elle, n’a pas été réalisé. Ce dossier pourrait contribuer à prolonger les tensions autour du football tchadien.
La question centrale est donc désormais celle de la capacité des différents acteurs à dissocier leurs différends personnels et institutionnels de l’intérêt général du football. Une crise prolongée pourrait monopoliser l’attention et fragiliser davantage la confiance entre dirigeants, clubs, autorités et sportifs.
À l’inverse, l’utilisation des mécanismes de recours et le dialogue pourraient permettre de circonscrire le conflit. L’appel du COST constitue, à cet égard, un signal en faveur d’une désescalade.
Une chose est certaine : l’affaire Foullah est devenue un test pour la gouvernance du football tchadien. Alors,de quelle manière sera t-elle réglée afin de donner une indication sur la capacité des institutions sportives et publiques à gérer leurs différends dans le respect des textes, tout en préservant l’intérêt des joueurs, des clubs et de la jeunesse tchadienne?
SERATA Justine &Dougabka djimaye , journalistes stagiaires.

